Les Affaires

Investir, samedi 2 octobre 2004, p. 68

Des titres en action

Irwin Michael trouve ses rares aubaines parmi les délaissées

Le gestionnaire des Fonds ABC a accru ses placements dans la Banque Laurentienne et Shermag

Beauchamp, Dominique

 

La Bourse nage en pleine contradiction, ce qui donne du fil à retordre aux gestionnaires, même ceux qui pratiquent l'approche patiente de l'achat d'aubaines comme Irwin Michael, gestionnaire des Fonds ABC.

Il admet que la conjoncture pour l'investissement est l'une des pires qu'il ait observées en 30 ans. Des inquiétudes planent sur les marchés : les élections présidentielles américaines, la trajectoire à venir de l'économie et des taux d'intérêt et, à plus longue échéance, le double déficit record aux États-Unis et la montée du terrorisme.

Ce climat incite les investisseurs professionnels nerveux à conserver une encaisse plus élevée que de coutume, dans la crainte d'un nouveau marché baissier, note M. Michael. Pourtant, avec des rendements à court terme de seulement 2 % dans le marché monétaire, cette encaisse devrait se retrouver en Bourse puisque 2 % n'est pas une barre très haute à franchir.

Une sélection très rigoureuse

Or, M. Michael reconnaît qu'il lui est difficile de dénicher de véritables aubaines qui remplissent tous ses critères de sélection. "Je dois en analyser 10 pour en trouver une, alors qu'il y a deux ans ou plus, une aubaine sur trois émergeait", évoque-t-il.

Voilà pourquoi ses portefeuilles comptent peu de nouveaux placements et que ses opérations sont rares. Ses achats des trois derniers mois sont surtout des ajouts de titres en défaveur à des placement existants.

Jusqu'à il y a deux ans, M. Michael a fait plusieurs emplettes parmi les producteurs de bois et de panneaux, peu populaires. Si bien que ses fonds ont 16 % dans le secteur forestier, par rapport à leur poids d'à peine 2 % dans le TSX.

Malgré leur ascension en Bourse provoquée par l'envolée du prix du bois et des panneaux, M. Michael a récemment acheté d'autres actions de Canfor (Tor., CFP, 15,80 $) qu'il juge encore peu cher en fonction des profits de 4 à 5 $ par action prévus en 2004. En outre, la société pourrait verser un premier dividende pour partager avec ses actionnaires les flux monétaires que lui procurent les prix records pour ses produits et les synergies de 100 M$ attendues de sa fusion avec Slocan Forest Products.

M. Michael vient d'encaisser ses profits dans Riverside Forest Products (Tor, RFP, 34,48 $), qui cherche une solution de rechange supérieure à l'offre de Tolko Industries, de 29 $ par action.

Il a acheté ce titre en 2001 lorsque la taxe américaine imposée sur les produits de bois avait fait fuir les investisseurs et fait plonger son action de 20 à 9,50 $, soit à un multiple d'à peine 0,5 fois sa valeur comptable.

"Chaque offre pour une de nos sociétés en portefeuille, - et nous en avons eu cinq cette année - me rassure sur le travail d'analyse fondamentale que nous faisons et sur notre discipline d'acheter à bon prix", dit-il. Malgré la chute de l'action de Norbord (Tor., NBD, 12,65 $) provoquée par la vente opportuniste de l'intérêt de Brascan (Tor., BNN.A, 38,92 $) dans sa filiale, M. Michael lui reste fidèle. La conjoncture pour les panneaux lui inspire confiance et il ajoute que les producteurs tels que Norbord affichent leur meilleur profil financier en 20 ans.

Deux québécoises mal aimées

M. Michael a récemment accru ses placements dans la Banque Laurentienne (Tor., LB, 26,60 $) "parce que personne n'aime cette banque". Son cours inférieur à sa valeur comptable et son rendement de dividendes de 4,3 % lui permettent d'être patient à l'égard du coup de barre donné par le "pragmatique" nouveau président, Raymond McManus.

Si les fusions bancaires revenaient à l'ordre du jour au Canada, cette petite banque serait une cible potentielle, une spéculation qui revient périodiquement depuis les années 80.

M. Michael continue de faire confiance à la gestion de Jeff Casselman, président de Shermag (Tor., SMG, 10,25 $), dans l'industrie difficile de la fabrication de meubles.

"Une des règles du placement est de ne jamais vendre quand une société connaît une grève. Souvent, la résolution d'un conflit de travail donne une flexibilité accrue à l'employeur ".

À son avis, le glissement de son titre intègre déjà tous les soucis à l'égard de la concurrence des importations chinoises et l'effet négatif d'un huard plus fort sur ses exportations américaines.

Shermag n'a pas de dette, tandis que l'habitation et le cocooning devraient soutenir l'achat de meubles.

Il conserve ses actions de Sears Canada (Tor., SCC, 16,63 $), achetées en début d'année. "Son cours inférieur à sa valeur comptable de 17,08 $ ne reconnaît pas la valeur de ses divisions de transport, de cartes de crédit, de services bancaires et de son parc immobilier. Nous attendrons patiemment que le marché reconnaisse de lui même cette valeur ou qu'un événement l'y oblige."

Deux choix américains à contre-courant

Au sud de la frontière, M. Michael a accumulé des actions du détaillant régional ShopKo Stores (NY, SKO, 17,95 $ US), du Wisconsin, depuis avril. En juin, il a acheté des actions de General Motors (NY, GM, 41,71 $ US), sous 45 $ US. 

Dans l'ombre de Wal-Mart, ShopKo tire son épingle du jeu grâce à l'ajout de pharmacies et de comptoirs optiques à ses magasins ruraux Pamida et au déploiement des ShopKo Express. En outre, le détaillant possède une bonne partie de ses magasins, un fait qui cadre bien avec la valeur cachée que recherche M. Michael dans ses placements.

"À peine deux analystes suivent le détaillant ''niché'' qui a perdu son statut de titre de croissance", un autre facteur d'attrait pour M. Michael. Il voit la société regagner des parts de marché et renouer avec une croissance modeste. Le titre est sous valeur comptable de 20,40 $ US et à 12,3 fois les profits de 1,46 $ US prévus en 2004-05.

À six fois ses profits et moins d'une fois sa valeur comptable, General Motors offre toutes les caractéristiques d'un géant déchu. "Malgré l'essoufflement des ventes, GM reste rentable et dégage des flux monétaires positifs. Son rendement de dividende de 4,76 % est plus du double de ce que procure le marché monétaire."